Un repas pas comme les autres. Jeudi-Saint : (Jean 14,23-29)   

 

 

Ce fut en effet un repas bien différent des autres que les disciples prirent avec Jésus.  Ce fut aussi le dernier, celui dont ils se rappelleront  les moindres détails, quand les paroles du Christ seront accomplies.

Pour les juifs, le repas pascal prend toute sa signification.  Il est le souvenir de la sortie d’Égypte, l’action de grâce de tout un peuple au Seigneur.  Un repas de fête, c’est supposé se passer dans la joie,  dans une ambiance heureuse. 

Pourquoi ce dernier repas que Jésus prend avec ses apôtres baigne-t-il dans une atmosphère tellement différente ?  Pourquoi tant de remous à l’intérieur de ces cœurs d’hommes qui ont suivi Jésus partout où il allait ? 

Séduits par le Nazaréen, ils ont reçu ses enseignements, sans toujours tout comprendre il est vrai…  Ils ont été les premiers à entendre un discours tout neuf où il était question de justice, de pardon, de miséricorde.  Ils ont découvert le Dieu Père à travers les comportements de celui qu’ils avaient choisi de suivre.  Ils ont vu la foule enthousiaste devant les miracles, avide de boire les paroles de celui qu’ils appelaient leur messie.  Lorsque les discours du Christ se sont faits dérangeants, les proches de Jésus ont senti monter la hargne des autorités civiles et religieuses…  De quoi emmagasiner des émotions pour longtemps ! 

Et voici que ce repas de la Pâque juive commence lui aussi sous des auspices pour le moins déconcertants : leur maître, ceint d’un linge, s’agenouille devant eux et insiste pour leur laver les pieds…  comme le dernier des serviteurs.  En signe du service qu’ils auront à se rendre les uns les autres, leur dit-il…  Comme enfants d’une seule famille où tous s’aiment et s’entraident…

Et puis le ton de Jésus change : il évoque maintenant une séparation.  « Je vous dis cela pendant que je demeure encore avec vous ». 

Alors, dans l’esprit des apôtres, les craintes diffuses, innommées, refont surface.  Oui, leur maître court un danger, un danger grave… et eux aussi !  Voici qu’ils ont peur  d’un moment qu’ils sentent soudain très proche.   Adieu le messie temporel qui devait triompher des puissants de ce monde !  Ils tremblent non seulement pour la vie de leur maître,  mais aussi et surtout pour la leur.                     

Il m’arrive à moi aussi de vivre de grandes insécurités, de me demander ce que me réserve demain, de voir mes rêves s’écrouler, de me trouver devant des situations de peur, devant des choix à faire…  Il m’arrive de me demander avec bien d’autres où s’en va l’Église…  Mes certitudes s’écroulent.  Des scandales éclatent.  Ma confiance en l’avenir semble voler en éclats.   J’ai à prendre des options, seule avec ma conscience…  

À ces moments-là surtout, comme il est bon d’entendre Jésus me redire à moi aussi : « Ne soyez donc pas bouleversés ni effrayés… »  Comme il est bon d’accueillir dans la foi le Défenseur annoncé !  «  L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ».

Les événements ne s’arrangeront pas d’un coup de baguette magique.  Nous aurons tout autant à vivre nos épreuves, nos deuils, nos incertitudes, il nous arrivera encore de pleurer. Mais notre peine ne sera pas désespérance.  Une force, celle de l’Esprit Saint, nous accompagnera. 

Et nous pourrons continuer à vivre confiants en cette parole de Jésus à ses amis lors du dernier repas, de ce repas pas comme les autres.

« C’est la Paix que je vous laisse, c’est ma Paix que je vous donne ».

 

Denyse Mostert,

03/04/2006