Christ est ressuscité !   

 

« Dieu a relevé Jésus des morts, il l'a ressuscité, pour le faire vivre à jamais auprès de Lui »

  

« Christ est ressuscité ! », disent nos frères orthodoxes le jour de Pâques. Et on répond : « Il est vraiment ressuscité. » Que voulons-nous dire dans cette proclamation, alors que nous ne savons pas ce qu'est la Résurrection ? Avec ces mots, ne disons-nous pas toute notre joie de croire ? Notre attente de la présence de Jésus.

L'accueil de sa présence en nous, parmi nous. Notre confiance en Dieu, maître de la Vie. Nous sentons bien en pensant à notre mort combien nous désirons vivre. Combien Jésus est celui qui ne doit pas mourir.

Pour la Vigile de Pâques de 1966, Jean-Paul II a composé ce poème : « Renaîtra l'eau, renaîtront les arbres, renaîtra la Terre. (...). La nécessité de la Vie - ainsi parlent la terre et l'eau à chaque printemps - n'est-elle pas plus profonde encore que la nécessité de la mort ? »

Quand l'Église fête la Résurrection du Christ, elle fête ce « passage » de la mort à la Vie, cette « Pâque », cette libération, advenue une fois pour toutes en Jésus.

Que disent les Évangiles ? 

Que s'est-il passé il y a deux mille ans à Jérusalem ? Nul n'a jamais vu Jésus sortant du tombeau. Il ne s'est pas montré en train de ressusciter. Voici les seules indications que nous donnent les Évangiles : le tombeau est vide. Dans L'Évangile de Luc: « Elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus » ; il est ouvert avec « la pierre roulée », dans L'Évangile de Marc ; « l'Ange du Seigneur vint rouler la pierre », devant les femmes accourues au tombeau, dans L'Évangile de Matthieu (28,2) ; « la pierre a été enlevée » et les femmes ne savent pas où on a mis le corps du Seigneur, dans celui de Jean (20,1-2).

Le message des Évangiles est clair : Jésus n'est plus là, « Il est ailleurs » (Mc, 16,6), il faut le chercher ailleurs, là où il nous attend, car « Il nous précède en Galilée ».

Mais où, comment? Seul un disciple comprend en voyant le tombeau vide et les bandelettes rangées : il reconnaît à ces signes, dans la foi, la Résurrection de Jésus. Tous les autres vont mettre du temps à croire.

Voilà une nouvelle indication : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » (Luc, 24, 5). Ce sont les paroles de l'ange au tombeau de Jésus quand les femmes viennent apporter des aromates, le premier jour de la semaine, de grand matin.

Elles ne comprennent pas tout de suite ce que veut dire l'ange.

Jésus vient de mourir, jeune, après trois ans seulement de vie publique. Il est mort presque seul, abandonné de tous. Il serait donc vivant ?

Oui, Dieu l'a relevé des morts, il l'a ressuscité, pour le faire vivre à jamais auprès de Lui. Ce sont les affirmations fondamentales du Nouveau Testament sur la Résurrection de Jésus. Les textes ne nous apprennent rien sur l'au-delà. On ne saura rien de la vie après la mort. Mais notre vie sur terre est désormais différente. L'espérance est née : Mort, où est ta victoire ?

Jésus et la Vie éternelle 

Jésus va se laisser « voir » pendant quelque temps à ses disciples. Il va apprendre progressivement à ses amis à le « voir » dans sa nouveauté, en « ressuscité » : « La Résurrection sera une confidence faite aux intimes et non pas une proclamation au grand jour », écrit le père Maurice Zundel, un grand spirituel de notre temps. Il faudra du temps aux disciples pour être capables de reconnaître un Jésus intérieur à eux-mêmes et non pas visible dans leur espace et leur temps ordinaire.

Jésus se laisse donc « voir », mais autrement. Grâce à l'acte de foi, le mouvement et le désir. Les premiers chrétiens faisaient eux aussi ce mouvement, ils le mettaient en pratique, et ils allaient en pèlerinage au tombeau, non pas pour voir un tombeau vide mais parce qu'ils croyaient déjà en son message. Le vide prenait sens pour eux.

Jésus était passé de la vie que nous connaissons à la Vie éternelle.

Pour les disciples, il y eut Résurrection quand, surmontant leur peur, leurs doutes, ils se laissèrent atteindre dans tout leur être par la victoire du Christ sur la mort. Ils redressèrent alors la tête et regardèrent au-delà de leur vie quotidienne. Le mot « ressuscité » traduit deux mots différents utilisés par les Évangiles : cela signifie être « réveillé » et être « redevenu debout ». N'est-ce pas déjà ce que Lazare, l'ami de Jésus, avait vécu ? Mort, il était revenu lui aussi à la vie, mais à notre vie terrestre, celle que nous connaissons, pour mourir à nouveau plus tard. Le récit de ce miracle était simple. Mais pour la Résurrection de Jésus, il en va tout autrement : d'abord les quatre textes des Évangiles ne racontent pas les faits de la même façon et ils dévoilent le sens de cet événement chacun à sa manière, ce n'est pas une image unique ; ensuite, les disciples ne reconnaissent plus leur ami Jésus une fois ressuscité, ils le prennent d'abord pour un jardinier, une autre fois pour l'étranger d'Emmaüs... Et, surtout, ils ont peur devant ses apparitions.

Comment Jésus pouvait-il se faire reconnaître d'eux, avec leur mentalité, leurs croyances et leurs peurs ? Il fallait qu'il soit un être vivant. Et c'est par Sa parole qu'il les atteint. Il appelle: « Marie », et alors, elle le reconnaît. Il appelle par le dedans. Il touche en elle, en nous, un autre espace vivant en nous. Car Jésus est « passé » en Dieu. C'est « ailleurs » qu'il nous faut le rencontrer.

Pâques, fête du « passage » 

Le mot Pâques veut dire « passage ». La fête du passage, ou la Pâque, était à l'époque de Jésus une fête religieuse centrale du peuple juif : on faisait mémoire de la sortie d'Égypte par les Hébreux, on se rappelait que Dieu est celui qui sauve et qui libère.

Alors que tous les premiers­nés des Égyptiens mouraient sur le passage de l'ange exterminateur, les maisons des Hébreux marquées du sang d'un agneau étaient épargnées. Ils eurent la vie sauve et ils purent quitter le pays.

Au temps de Jésus, Jérusalem grouillait du monde des pèlerins venus pour manger la Pâque chaque printemps. On sacrifiait au Temple l'agneau pascal. Jésus lui-même est monté à Jérusalem avec ses disciples pour manger la Pâque avec eux. Mais c'est pour leur annoncer sa mort et la venue d'une nouvelle Pâque, la sienne.

Les premiers chrétiens, ceux qui ont cru à la Résurrection de Jésus, prirent l'habitude de se rassembler une fois par semaine le jour de la Résurrection, qui selon les Évangiles eut lieu le premier jour de la semaine. On nomma ce jour « Dimanche », qui signifie littéralement le « jour du Seigneur » en latin. Pour la fête de Pâque annuelle, les chrétiens fixèrent une date à eux, pour ne plus suivre la Pâque juive: ce serait le premier dimanche qui suit la pleine lune de l'équinoxe de printemps. Puis ils ont voulu se mettre dans les pas de Jésus et préparer Pâques comme Jésus l'avait fait. Ils placèrent ainsi un temps de jeûne et de prière avant Pâques, le Carême.

Et la Lumière vient éclairer la nuit... 

Aujourd'hui, dans nos églises, comment signifions-nous l'événement de la Résurrection ?

Lors de la veillée pascale qui précède la messe de la Résurrection, nous célébrons la grande fête de la lumière qui vient éclairer la nuit. Tout le monde se réunit à l'extérieur de l'église, dans l'obscurité. On allume un grand feu dehors. La flamme jaillit, perce l'obscurité, signe de la vie nouvelle que la mort ne peut éteindre. On allume un très grand cierge marqué des signes du Christ, l'alpha et l'omega, et sa flamme se propage ensuite de cierge en cierge. Tout le monde est convié alors à entrer dans l'église sombre qui s'illumine peu à peu : tout homme est invité désormais à puiser aux richesses de la Vie.

Dans l'Église primitive, c'est dans la nuit de Pâques que l'on baptisait, donnait la confirmation et la première communion.

La Résurrection concerne chacun de nous 

Si l'événement de la Résurrection est advenu une fois pour toutes, comment éviter de la confiner dans un passé sans lien avec nous, comment la faire nôtre aujourd'hui ?

Sinon, Jésus resterait comme un lointain souvenir.

« La Résurrection concerne notre vie d'aujourd'hui et chacun de nous est appelé, avec une urgence infinie, à ressusciter », insiste Maurice Zundel. Quand nous nous dépossédons de nous-mêmes, nous voyons luire l'aube de la Résurrection. Ta vie peut être transformée, indique-t-il, arrache les racines de mort en toi, ouvre-toi, fais confiance... »

Pâques, aujourd'hui, cela m'engage avec tout mon être, ce n'est pas un moment du passé, advenu il y a deux mille ans.

Pâques se joue quand je rencontre personnellement Jésus. Ce n'est pas dans une vérité à comprendre, ou à apprendre, ou à endosser sur mon dos comme un sac trop lourd à porter et qui me dépasse. La Résurrection n'est pas derrière, elle est devant. Personne ne sait ce qui se passe après la mort. Mais je sais ce que la Résurrection donne de densité, de sens, à ma vie. Je suis appelé à vivre dès maintenant quelque chose de l'éternité, c'est-à-dire quelque chose qui ne peut pas mourir. La Lumière est possible dès maintenant dans mes angoisses et mes ténèbres.

À Pâques, l'homme va vers Dieu 

C'est ce qu'ont vécu les disciples quand ils ont pu surmonter leurs doutes. Jésus est passé depuis sa Résurrection dans un autre domaine de la connaissance, celui qui n'est touché que par la foi. Dans notre coeur, là, et quand je veux bien l'accueillir, croire en sa Présence. Il faudra du temps, une vie peut-être, pour convertir mon désir et mon incroyance.

Il faut renoncer à comprendre mais accepter de croire, de renaître parce que je croie. Pour les chrétiens, ce mouvement dans l'inconnu n'est possible que par l'action de l'Esprit Saint qui nous aide, nous met en mouvement.

Il y a Résurrection chaque fois que je sors de mon enfermement, chaque fois que mon histoire personnelle entre en contact avec le Dieu vivant. À ce moment-là, je ne suis plus « orphelin », c'est-à-dire dans le vide. J'accepte de descendre au plus profond de mon désir de Dieu. Comme si, à chaque fois, je faisais sortir Jésus du tombeau. Pâques, c'est le mouvement de la foi. À Pâques, l'homme va vers Dieu, dit le père franciscain Éloi Leclerc. À Noël, c'est Dieu qui vient vers l'homme.

Pâques, c'est mourir à ce qui m'empêche de vivre et qui m'ouvre à un avenir qui commence maintenant, en Jésus-Christ.

Pâques, c'est la victoire sur le doute, une autre manière d'être victorieux sur la mort.

Le pape Jean-Paul II souligna combien ce paradoxe est fondamental dans l'Évangile : pour trouver la vie, il faut la perdre ; pour naître, il faut mourir à soi, laisser la place pour écouter l'autre « est une vérité qui se heurte à la protestation des hommes ».

Mais l'homme n'attend-il pas ce défi dans son subconscient ? Car, ne ressent-il pas toujours au fond de lui le secret désir de se dépasser ?   

 

Agnès COUZY

Les Veillées des Chaumières