SUR L'AUTRE RIVE… 

 

 

 

 

Hier, je suis allée rendre visite à un ami hospitalisé… Pas un ami « social », parmi le réseau de mes connaissances.  Non, quelqu’un que j’aime profondément et avec qui je partage depuis une vingtaine d’années les moments importants de mon existence. Un ami de mon mari aussi qui lui voue une confiance absolue.

 

Depuis bien des années, cet homme connaît l’évolution lente mais sûre d’une maladie qui ne pardonne pas.  Pendant tout ce temps il a voulu VIVRE vraiment et non pas SUBIR son sort : en se battant jour après jour avec tous les moyens à sa disposition, en s’ouvrant et en restant ouvert aux autres.

 

C’est là, dans cette chambre d’hôpital que l’Évangile toujours vivant est venu nous rejoindre tandis que je faisais à voix haute la lecture du texte de Marc.

 

Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule… Le soir venu, il dit à ses disciples : « passons sur l’autre rive. »

 

Pendant toute notre vie, il nous est demandé souvent de « passer sur l’autre rive », changer le cap de nos activités, aller vers d’autres expériences inconnues et qui nous font peur, accepter le retrait de certaines personnes qui ont été significatives pour nous, être accueil pour de nouveaux visages dont nous ne savons pas vraiment ce qu’ils vont nous apporter, « passer sur l’autre rive » par un dépassement, un renoncement, dans notre santé défaillante, dans les amis qui nous quittent, dans la vie qui s’écoule trop vite à notre gré.

 

Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus dans la barque, comme il était…

 

Ayant quitté la foule, ils emmènent Jésus comme il était…  Jésus ne s’est pas attardé en préparation de bagage, en précautions superflues, non, il est parti « comme il était ».  Et moi, suis-je capable de partir « comme je suis » vers un appel dont les résultats me paraissent hypothétiques ?  Vais-je avoir une foi suffisante pour laisser là « des foules » qui me suivent, une vie qui faisait mon bonheur pour m’en aller sur l’autre rive ?  Une rive que je ne choisis pas nécessairement, une vie dans laquelle j’ai le choix d’entrer en renaclant, en ruant dans les brancards, en devenant révolte ou le choix de m’engager avec des peurs à vivre mais aussi une confiance fondamentale en la parole du Christ ?

 

Denyse 30/01/2005