Réflexions sur une cataracte. 

 

 

 

Eh oui !  Cela ne fera jamais les manchettes des journaux que j’ai été opérée d’une cataracte !  Même mes proches ont pris la chose assez distraitement, moi aussi d’ailleurs. C’était un peu plus inhabituel qu’une séance chez le dentiste, mais somme toute beaucoup moins douloureux,  La science fait de tels progrès n’est-ce pas, que nous finissons par nous y habituer ! 

C’est après que l’étonnement m’est venu ! Lorsque j’ai vu un ciel d’un bleu très pur, une neige étincelante comme les lessives que ma grand-mère blanchissait à grands nouets d’indigo, et que j’ai pu, ô surprise, lire le nom des rues sans l’apport des lunettes qui garnissaient mon nez depuis… plus de 50 ans.  J’ignorais que tout fut si beau, si net autour de moi. 

Ma jubilation s’est toutefois abaissée de quelques degrés lorsque j’ai consulté ce que Molière appelait « le conseiller des grâces », autrement dit, mon miroir. Plus de lunettes pour dissimuler rides et petits plis affichant ma date de naissance. Il fallait me rendre à l’évidence, tous les pots de crème soi-disant magiques seraient probablement impuissants à les masquer.   

C’est à ce moment de mes réflexions qu’une association d’idée un peu étrange mais qui a tout de même un certain bon sens m’est arrivée.   

Et si j’acceptais de me laisser « opérer de la cataracte » par le Seigneur ? Cela pourrait bien changer des choses dans ma vision des autres et de moi-même !

 Si je regardais plus attentivement dans le miroir de ma vie ?   Il se pourrait que  je me mette à les aimer ces marques sur mon visage qui me racontent le temps qui passe, une vie bien remplie, beaucoup d’amour donné et reçu, des larmes parfois, des pardons donnés, des pardons reçus et, au bout du compte,  la sérénité d’une femme  heureuse de se sentir aimée d’un Dieu qui s’est toujours fait si proche.

Et si je me mettais à regarder les autres aussi attentivement que je me suis regardée dans mon miroir ? Bien entendu, pour être honnête, je continuerais probablement à voir en eux des faiblesses, des peurs qui m’habitent moi-même… Mais peut-être que j’y découvrirais aussi  des beautés, des richesses insoupçonnées. 

Avec le regard tout neuf de mon âme opérée par le Christ, peut-être que j’arriverais à voir plus loin que le masque, que le rôle endossé, que la timidité ou la grande douleur qu’on s’efforce de cacher… Si je me mettais à regarder avec les yeux du Christ Sauveur, mes journées pourraient devenir bien trop courtes pour admirer toute l’œuvre de Dieu en ces hommes et ces femmes qu’il a mis sur ma route. 

Si je laissais le Christ Sauveur pratiquer une chirurgie de mes retenues, de mes préjugés, de mes égoïsmes, il se pourrait que je découvre Son désir de bonheur pour nous et que mon cœur, enfin libéré, respire allègrement cet air de « sauvée », d’enfant de Dieu et le partage joyeusement avec ceux et celles que je rencontre. 

Il se pourrait alors, qu’ensemble, nous découvrions que « le Royaume de Dieu est déjà parmi nous ».  

 

Denyse Mostert  14-01-2006