Je ne le connaissais pas… (Jean 1, 29-34)

 

L’évangéliste Jean nous rapporte aujourd’hui des propos un peu surprenants. 

 

La scène se passe « au Jourdain où Jean baptisait. Comme Jean-Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici  l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde…  Je ne le connaissais pas… »

 

Jean, Jésus… Deux garçons dont les mamans étaient très proches l’une de l’autre.

 

L’Évangile nous raconte :

- Comment Marie est accourue chez sa cousine Élisabeth après l’annonce de l’Ange, 

- Comment Élisabeth est devenue enceinte dans des conditions extraordinaires      alors qu’elle avait passé l’âge de la conception,

- Comment Marie est restée quelque temps auprès de sa cousine,

- Comment elles ont  expérimenté ensemble que « rien n’est impossible à Dieu ».

 

Jean et Jésus, deux cousins, qui ont dû jouer, grandir, dialoguer ensemble…  Deux cousins en tout cas dont le destin a bifurqué de manière imprévisible.

 

Jean, cet enfant du miracle, conçu alors il n’y avait plus d’espoir, a probablement été choyé et éduqué au mieux par des parents tellement heureux.

 

Jésus, dont on dit qu’ « il grandissait en âge et en sagesse », que l’on retrouve adolescent en train de soutenir un échange serré avec les Docteurs de la Loi au Temple, a dû être source de fierté  et de bonheur pour ses parents. 

 

Et puis voici qu’on retrouve Jean dans une situation invraisemblable.  Après avoir vécu en ermite, le voici qui se met à haranguer les foules, à les appeler à la conversion, à les baptiser dans l’eau du Jourdain…  Jean n’hésite pas à se mettre les puissants à dos en dénonçant leurs écarts de conduite… Il annonce la venue d’un Messie… Il est devenu celui que nous appelons le Précurseur.

 

Jésus, on ne sait pas trop ce qu’il a fait avant ses trois années de vie publique.  On peut penser qu’il a vécu en harmonie avec Marie, avec ses concitoyens, qu’il a beaucoup prié, étudié les Écritures. 

 

Jusqu’au jour où on le retrouve « sur les bords du Jourdain où Jean baptisait.  Jean qui fera alors une déclaration surprenante : « Voici l’Agneau de Dieu… je ne le connaissais pas…  j’ai vu l’Esprit descendre et demeurer sur lui… »

 

Et voici que cette phrase m’emporte dans une réflexion.  Dans la vie de tous les jours, je pourrais moi aussi dire que :

 

« Je ne connaissais pas » ma voisine, qui habite la même rue depuis 35 ans

« Je ne connaissais pas » telle compagne avec qui je travaille depuis des années

« Je ne connaissais pas » les  grands fils que j’ai mis au monde

« Je ne connaissais pas le mari » avec qui je vis depuis presque 50 ans

« Je ne connaissais pas » ce Jésus qui pourtant m’a accompagné « dès le sein de ma mère »…

 

La liste pourrait s’allonger à l’infini.  Peut-on vraiment dire qu’on « connaît » quelqu’un en profondeur si on ne prend pas le temps de le laisser vivre en nous, de le porter dans notre cœur ?

 

« Connaître » quelqu’un en profondeur, cela prend du temps, de la patience et de l’amour. « Connaître » quelqu’un c’est le respecter, l’écouter, décoder ce qui se cache derrière les façades ; c’est le porter dans notre prière et laisser l’Esprit nous découvrir petit à petit ses richesses insoupçonnées. 

 

Ainsi que Jean a « reconnu » en Jésus « l’Agneau de Dieu », nous pouvons nous aussi, laisser le Christ se découvrir en nous.  Avec lui, nous pouvons alors reconnaître en ce frère, cette sœur, des « enfants de Dieu » au même titre que nous,  des enfants qu’il aime du même amour qu’il a pour nous…  Nous pouvons voir l’Esprit demeurer sur eux.

 

 

Denyse 16/01/05